Marine Le Pen surfe sur les remous de la campagne présidentielle (ANALYSE)

02-22-2017 14:32

Dossier : Election présidentielle française de 2017

PARIS, 22 février (Xinhua) -- Alors que la campagne pour l'élection présidentielle française semble être entrée dans l'incertitude, la progression dans les sondages de la candidate d'extrême droite Marine Le Pen est à corréler avec des facteurs conjoncturels franco-français, dans un contexte global de montée des nationalismes et des populismes.

 

Le dernier sondage quotidien PrésiTrack d'OpinionWay pour ORPI, "Les Echos " et Radio classique, publié lundi, renforce encore l'impression que la présidente du Front national (FN) poursuit son ascension que certains n'hésitent plus à qualifier d'irrésistible. Marine Le Pen ne serait plus seulement assurée d'arriver en tête du premier tour de l'élection présidentielle le 23 avril prochain, mais elle améliorerait notablement son score au second tour le 7 mai.

 

D'après ce sondage, la cheffe du parti d'extrême droite réduirait de plus en plus son écart en cas de second tour face à Emmanuel Macron ou François Fillon. Dans le premier cas de figure, elle s'inclinerait avec 42% des voix contre 58% pour le leader d'En Marche et ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron. Dans la seconde configuration, le candidat des Républicains François Fillon, que Marine Le Pen a affublé du surnom "François fictif" en raison du scandale dit "PenelopeGate", ne l'emporterait qu'avec 56% des voix contre 44% pour la présidente du FN.

 

Or, elle n'était auparavant créditée que de 35% des voix en cas de second tour face à Emmanuel Macron et 39% en cas de duel avec François Fillon. Elle a donc progressé respectivement de 7 points et de 5 points. Le directeur du département opinion et politique d'OpinionWay, Frédéric Micheau, explique cette progression à la fois par "une bonne séquence de sa campagne et par une défaillance de ses rivaux". Les heurts dans les banlieues et les tensions sociales visibles dans l'actualité bénéficient également au FN. En plus de cela, ses principaux adversaires traversent une période difficile, résume-t-il.

 

Réagissant à l'affaire Fillon, la nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal Le Pen, a appelé les électeurs de la droite à rejoindre la candidature "Bleu Marine", du nom du slogan initial du parti, remplacé récemment par "Au nom du peuple". L'électorat de droite aux tendances souverainistes et réfractaire au multiculturalisme pourrait-il opter pour l'extrême droite ? Une hypothèse qui reste en l'état, plutôt soumise à caution si on en croit les enquêtes d'opinion. Malgré ses ennuis judiciaires, François Fillon conserverait un large soutien au sein de sa base électorale : 70% de ses électeurs souhaiteraient le maintien de sa candidature.

 

En ce qui concerne Emmanuel Macron, qui, à l'heure actuelle, n'est nullement assuré d'être au second tour - au-delà de ses succès médiatiques, de ses performances en meeting et des soutiens qu'il a reçus du monde des affaires - nombre d'analystes politiques se demandent comment il pourrait rallier à sa candidature l'électorat de gauche traditionnel, idéologiquement opposé à son libéralisme décomplexé. On peut raisonnablement penser qu'une partie de ces électeurs de gauche préféreraient s'abstenir que de reporter leur voix sur le fondateur d'En Marche.

 

Le "Front républicain", qui avait largement fonctionné lors de la présidentielle 2002, permettant la victoire écrasante au second tour de Jacques Chirac sur le père de Marine Le Pen et fondateur du parti, Jean-Marie Le Pen, a du plomb dans l'aile. Nul ne sait comment l'électorat socialiste, déboussolé, divisé, voire dépité après cinq années de présidence Hollande, se comportera dans l'isoloir le 7 mai. Le parti serait en voie de "pasokisation", estiment d'ailleurs certains politologues, faisant référence à l'effondrement du Parti socialiste grec, le Pasok, malgré les tentatives de rassemblement du candidat issu de la primaire Benoît Hamon.

 

Dans ce contexte, Marine Le Pen défend une nouvelle structuration de la vie politique entre les patriotes d'un côté et les mondialistes de l'autre, la direction du parti d'extrême droite répète que le clivage droite-gauche n'existe plus. Plus de la moitié des chômeurs et des ouvriers pourraient d'ailleurs voter pour le FN au second tour de la présidentielle. D'après la dernière enquête du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Science Po), le vote FN a aussi progressé chez les fonctionnaires, traditionnellement des électeurs de la gauche modérée. Hors éducation nationale, 30,5% des fonctionnaires d'Etat ont voté Front national aux dernières élections régionales, relève le CEVIPOF. Le vote FN progresse aussi dans les autres fonctions publiques, souligne Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS, à Sciences Po.

 

La progression du FN s'inscrit indéniablement dans un contexte mondial : des Pays-Bas à l'Italie, du Royaume-Uni à la Pologne, de la Suède aux Etats-Unis, les partis populistes et extrémistes ont le vent en poupe. Sur le terreau de la crise économique, face à la concentration des richesses, l'appauvrissement de la classe moyenne, le creusement des inégalités, la précarisation, à un vote d'adhésion s'ajoute un vote de rejet anti-système et anti-élites. Spécificité française, la présence d'un parti d'extrême droite est historiquement plus enracinée. On peut donc évoquer des raisons franco-françaises à un phénomène global.

 

Cependant, si nombre de propositions du Front national, en matière de contrôle de l'immigration, de lutte contre l'insécurité, et d'autorité de l'Etat notamment, rencontrent un écho croissant dans la population, les enquêtes d'opinion semblent démontrer qu'elles continuent à faire l'objet d'un rejet si elles sont estampillées FN. Les Français approuveraient la mise en œuvre de certaines mesures préconisées par le FN mais resteraient majoritairement opposés à son arrivée au pouvoir. La "lepénisation des esprits", si souvent évoquée dans l'Hexagone, aurait bien des limites.

 

Les observateurs de la vie politique de l'Hexagone relèvent par ailleurs très largement que les affaires qui éclaboussent le parti de Marine Le Pen ne semblent pas le déstabiliser. Bien que dans le viseur de la justice, notamment avec l'affaire des parlementaires du FN au Parlement européen (une perquisition a eu lieu lundi au siège du parti à Nanterre), sa leader conserverait le soutien indéfectible de ses troupes.

 

Un autre fait, quelque peu passé inaperçu, est à souligner. En 2014, le Front national a remporté onze villes à l'issue du second tour des élections municipales, une première dans l'histoire du parti d'extrême droite. Mais, selon l'AFP, environ 28% des conseillers municipaux frontistes élus en 2014 ont démissionné depuis l'élection, soit environ 400 personnes sur les 1.546 élus locaux du parti. L'ancrage local du FN ne serait donc pas si solide que le parti veut bien le dire.

 

D'une manière générale, on constate pendant cette campagne que plus le Front national grimpe dans les sondages, plus les médias et les analystes s'évertuent à avancer des explications à ce vote, quitte à alimenter un climat irrationnel et anxiogène. On pourrait se demander si, justement, le nouveau vote FN ne se définit pas par son caractère insaisissable, irréductible à la plupart des grilles d'analyse, éparpillé et sans réelle cohérence.

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Rédacteur:Jin Wensi |  Source:
French.xinhuanet.com
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