Il est l’unique messager de ce mystérieux royaume des Femmes.
Depuis 36 ans, il marche seul le long du pittoresque lac Lugu.
Bienvenue dans cette nouvelle émission consacrée à « L’été de Labaoding »
Ces dernières années, les incroyables expériences d’une jeune femme appelée Yang’erchenamu en ont étonné plus d’un. Dans son autobiographie, elle raconte sa nostalgie du pays lorsqu’elle a voyagé à travers le monde. Bien des lecteurs ont été envoûtés par ses descriptions du magnifique lac Lugu et de la mystérieuse culture de l’ethnie mosuo. Depuis qu’elle a quitté son pays natal dans les années 1980, elle a envoyé d’innombrables courriers et paquets depuis Shanghai, Beijing, les Etats-Unis et même l’Europe. Et c’est un homme du village du lac Lugu nommé Labaoding qui l’a toujours aidée à transmettre ses courriers.
Pour de nombreuses personnes, le nom de Yang’erchenamu évoque ce visage familier. Pourtant, dans le bourg du lac Lugu, c’est un nom féminin très courant. Quant à Labaoding, il distribue lui-même tout le courrier de la municipalité du lac Lugu depuis maintenant 36 ans.
Le bourg du lac Lugu du district de Yanyuan dans la province du Sichuan porte le nom du lac qui se trouve à proximité. La plupart des villageois ne possèdent pas de nom de famille, mais ils partagent souvent le même prénom. Par exemple, les individus ayant pour prénom « Erche », « Longmu » ou « Jiachu » ont souvent une dizaine d’homonymes dans le village.
Labaoding a ainsi trouvé un moyen très simple de remédier à ce problème délicat. Cependant, la distribution du courrier semble un peu monotone. Jour après jour, Labaoding passe la plupart de son temps sur la route à distribuer ses lettres.
Labaoding est aujourd’hui capable de distribuer le courrier aux bons destinataires sans jamais se tromper. Ainsi, il a gagné le respect des villageois de l’ethnie mosuo.
C’est en février 1970 que Labaoding, alors en charge de la comptabilité du village, a été nommé facteur au bureau de poste du district de Yanyuan. Il avait pour mission de distribuer le courrier dans une zone administrative qui couvrait plusieurs centaines de kilomètres carrés et incluait le bourg du lac Lugu et les cantons de Qiansuo, Gaizu et Bijie. Ces 4 communes comptaient plus de 8 000 foyers, soit une population d’environ 40 000 personnes.
Comme c’était une région principalement montagneuse, il n’y avait pas encore de routes, ni même de charrettes. Labaoding n’avait d’autre moyen que de distribuer le courrier à pied.
Pour aller distribuer le courrier à Bijie, le canton le plus lointain, il fallait faire plus de 40 kilomètres aller-retour, ce qui correspondait à 4 jours de marche sur des sentiers de montagne. Excepté pendant ses jours de repos occasionnels, Labaoding marchait tous les jours du matin au soir. Tous les problèmes qu’il a pu rencontrer sur la route, il a dû les résoudre lui-même. Exténué, Labaoding ne voyait jamais le bout du tunnel.
A l’époque, il n’y avait pas encore le téléphone dans la région. Le courrier et les journaux étaient ainsi le seul lien des villageois avec le monde extérieur. Ce sont les visages souriants des destinataires qui recevaient leur courrier qui ont encouragé Labaoding à continuer son chemin.
Pendant des dizaines d’années avant la mise en service des routes, on ne livrait le courrier en voiture que jusqu’au canton de Tianbazi, à une centaine de kilomètres du lac Lugu. C’est là-bas que le courrier était trié avant d’être dispatché. Pendant l’été 1998, et alors qu’il allait récupérer le courrier, Labaoding s’est retrouvé dans une situation périlleuse.