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Ji Yu, écrivain
“Je pense que l’environnement naturel de Qingdao est merveilleux à plus d’un titre. La ville s’ouvre à la fois sur la mer et sur la montagne. Le vent, la plage et la côte ont tous un aspect particulier à Qingdao. Le rivage est accidenté et d’une étonnante longueur. Mais à quelques pas de là, le paysage change déjà. La plage de Qingdao réjouit les visiteurs par la qualité du sable et la beauté des rochers. Un vent doux siffle tranquillement. Un poète a écrit que les rues de Qingdao ressemblaient à une patinoire et que les gens glissaient entre les immeubles.”
Quel paysage somptueux ! Dans l’Antiquité, Qingdao était le lieu d’origine de l’ethnie Dongyi et aussi le lieu de départ des pêcheurs. On raconte que les pêcheurs de Qingdao observent encore certaines traditions très anciennes.
Zhougezhuang est un petit village près de la Mer jaune. Les habitants y vivent de la pêche depuis plusieurs générations et mènent une vie entièrement tournée vers la mer. A chaque début de printemps, les pêcheurs organisent des cérémonies de sacrifice dédiées à la mer pour s’assurer chance et bonheur. Ce n’est qu’après cette cérémonie que la saison de pêche commence.
Les pêcheurs de Qingdao ont perpétué ce rite sacrificiel. Ils ont construit un temple dédié au roi du dragon qui était, d’après les Chinois, le « dieu de la mer ». Les descendants des premiers pêcheurs ont hérité de cette tradition sans vraiment en connaître la date d’origine.
Liu Yushu, pêcheur
“Mon grand-père espèrait que grâce à ce sacrifice, il rentrerait sain et sauf de ses sorties en mer. Il faut dire que les conditions de pêche étaient difficiles. Les accidents comme les collisions entre bateaux étaient fréquents, notamment lors des tempêtes. Désormais, les techniques de navigation sont bien plus sûres. Les sacrifices sont plutôt destinés à obtenir une pêche abondante.”
Aujourd’hui dans le village de Zhougezhuang, les rites sacrificiels sont devenus une « fête » pour saluer la sortie en mer des pêcheurs et leur souhaiter l’abondance. Tous les ans avant la Fête des Morts, le climat se radoucit. Après la crue de printemps, tout le village s’anime. Les hommes réparent leurs bateaux tandis que les femmes préparent les repas. Les pêcheurs accueillient la nouvelle saison de pêche dans la joie.
Le matin, les pêcheurs emportent leurs offrandes sur la plage. La cérémonie du sacrifice n’a pas changé depuis un millénaire. Elle se déroule sous le bruit des pétards pour fêter l’avènement de cette sorte de nouvelle année.
Ji Yu, écrivain
“La baie de Jiaozhou est insérée dans la mer continentale. Elle mesure de 400 km² de surface. En 1935, M. Zhang Xi a obtenu un doctorat en France. Il conduisit alors un groupe de six personnes pour effectuer des enquêtes détaillées sur l’eau et l’hydrologie de la baie de Jiaozhou. Ces enquêtes constituent une source de choix pour les études océanographiques actuelles.”
Une dizaine d’années après, on peut affirmer que la ville de Qingdao est devenue un centre important de recherche océanographique. La moitié des scientifiques chinois de ce domaine y sont réunis. Ils contribuent tant à la recherche scientifique qu’au développement industriel dans ce domaine.
Dans les années 1950, la culture des algues comestibles a connu un essor sans précédent à Qingdao, phare du pays dans ce domaine. La Chine est devenue plus tard la première productrice mondiale d’algues comestibles. M. Zeng Chenkui, auteur de ce miracle et biologiste océanographique, est surnommé le « Père des algues chinoises ».
Il y a une cinquantaine d’années, le jeune Zeng Chenkui s’est fait remarquer dans le milieu scientifique américain. Mais malgré le confort de vie et les revenus dont il pouvait profiter aux Etats-Unis, il ne parvenait pas à atténuer sa nostalgie pour sa terre natale. En dépit de l’instabilité qui régnait alors, il décida de regagner la Chine et de s’installer à Qingdao.
Pendant une dizaine d’années après son retour, Zeng Chenkui a voyagé dans tout le pays pour faire l’inventaire des espèces d’algues chinoises. Ces études sur la classification des algues chinoises occupaient alors l’avant-poste de la recherche internationale. Afin de rendre service aux producteurs d’algues, il a formulé un projet de développement à grande échelle de la culture maritime. Grâce à ses études et à la promotion des techniques de culture artificielle d’algues et de varecs, l’aquiculture maritime s’est développée en Chine. Il a d’ailleurs affirmé à cette occasion : « Je veux ajouter de nouveaux plats sur la table des Chinois. »
« Labourer la mer » comme on laboure la terre, voilà l’objectif auquel Zeng Chenkui s’est consacré. Aujourd’hui âgé de 96 ans, il a dédié la plupart de sa vie à la mer. Il assure ne jamais vouloir prendre sa retraite en tant qu’académicien. Il est toujours très ému lorsqu’il parle de l’océanologie.
Les varechs constituent un autre met délicieux offert par Zeng Chenkui. Auparavant, le varec était naturel mais sa production demeurait marginale. On ne savait pas d’où venaient les spores du varec. En 1956, le professeur Zeng Chenkui et ses collaborateurs sont parvenus à expliquer l’origine de ces spores. La culture des varechs est alors devenue possible.
Après une dizaine d’années d’exploitation, la production de varechs a fait face à des problèmes techniques : le manque de spores de bonne qualité et le faible taux de production des réseaux de spores de bonne qualité. Le professeur Zeng Chenkui et ses collaborateurs ont alors démarré le projet de « Formation des spores de varechs » pour soutenir l’amélioration de la production.
Fei Xiugeng
“J’ai consacré presque 40 ans à étudier le varech. Depuis les premières expérimentations jusqu’à la production actuelle, le professeur Zeng et moi avons créé la culture chinoise du varech. Maintenant, nous en sommes au stade de la production. Dans 15 jours, nous pourrons les recueillir. Il y a 5 à 8 cueillettes ; cela dépend du niveau de gestion de la zone maritime. La cueillette est très exigeante. Il faut garder la longueur d’un cigarette, car il ne peut pousser qu’à cette profondeur.”
Après avoir terminé ses études universitaires, Fei Xiugeng, âgé de 71 ans, a suivi son professeur Zeng Chenkui. Des algues aux varechs, il a déjà consacré un demi siècle à ce domaine.
Fei Xiugeng
“De la théorie à la mise en pratique, il y a un long chemin à parcourir. Nous effectuons ce travail avec beaucoup de patience. Nous développons une démonstration dans une région vierge où l’on ne connaît pas le varech. Nous produisons les varechs dans une petite zone. Dans le futur, nous espérons bien élargir la zone de production. Là-bas, il y a une plage plus grande où la zone maritime sera plus propice à la culture du varech.”
Exploiter le vaste espace maritime est le rêve des océanologues depuis des générations. Le professeur Fei disait : « L’étude des algues en Chine a été lancée par l’académicien Zeng Chenkui. Nous, ses élèves, avons approfondi ses recherches. J’espère aujourd’hui que mes élèves pourront perpétuer cet intérêt à l’avenir. »
Le développement de l’aquiculture fait la fierté des Chinois, notamment des habitants de Qingdao. Avec l’aquiculture des algues développée dans les années 1950, celle des varechs dans les années 60, des crevettes dans les années 70, des pétoncles dans les années 80 et celle des poissons dans les années 90, la Chine est devenue, en moins de 50 ans, une grande puissance de l’aquiculture mondiale.
Ji Yu, écrivain
“Qingdao est un centre prépondérant de cette industrie. Il a connu récemment de grandes évolutions. J’ai pu faire la rencontre de l'académicien Zhang Fusui. Il a importé de l’étranger des pétoncles dont seulement trois arrivèrent vivants. Ces trois pétoncles sont à la base de l’aquiculture au nord de la Chine. Aujourd’hui, les pétoncles sont à table. Zeng Chenkui, océanologue de renom, avait prédit que si les moyens étaient suffisants, nous pourrions d'ici 20 ou 30 ans exporter une grande quantité de fruits de mer, c'est-à-dire 1,5 à 2 fois de plus que le volume des importations céréalières. Cela permettrait de réduire les pressions sur la terre et d’améliorer le niveau de vie des Chinois. Les effets seraient donc bénéfiques. La mer est notre trésor et notre foyer.”
Dans les années 1980, des experts ont prédit que « le 21ème siècle serait l'époque de l’exploitation de la mer ». Cette prévision ne rencontre plus le scepticisme aujourd'hui. Tous les regards sont tournés vers la mer.
L’académicien Tang Qisheng se consacre à l'étude des ressources maritimes. Depuis longtemps, il s'intéresse aux régions côtières de la Chine, notamment à la Mer jaune. Les prévisions de pêche dans la province du Shandong suggèrent que des rendements importants seront réalisés. Mais, une découverte faite par hasard a élargi son horizon.
A partir des années 1960, Tang Qisheng a commencé à prêter attention aux harengs de l’Océan pacifique. A mesure que ses études progressaient, de nouvelles questions émergeaient.
Tang Qisheng
“D'où provient cette espèce ? Beaucoup affirment qu’elle vient du Japon. Mais ce n'est pas le cas en réalité. Ces poissons vivent dans la Mer jaune. Nous avons découvert que le taux de reproduction variait selon les années. Pourquoi cela ? J’expliquais cette différence par les variations climatiques enregistrées en Chine orientale. Récemment, les enjeux climatiques sont débattus par la presse. Les éléments qui déterminent les changements climatiques sont complexes. J'exploite les résultats fournis par ces études sur les changements climatiques pour résoudre les problèmes posés par ces poissons. Mais il reste encore beaucoup de questions à traiter.”
Dans des études plus tardives, Tang Qisheng a découvert que ses recherches sur le hareng n’arriveraient pas à résoudre ses problèmes. Il a commencé à étudier la vie en collectivité des espèces de poissons. Il avait l'idée selon laquelle d’autres éléments intervenaient dans ce phénomène. Un jour, lors d'une expérimentation sur des crabes, il a découvert que d’autres facteurs déterminaient la constitution des groupes de poissons.
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