Aurora Carlson
Journaliste
Bonjour et bienvenue dans Objectif Chine ! Je me trouve sur le site sacré du Lac Qinghai, à 3000 mètres d’altitude sur le plateau du Tibet, sur l’une des terres humides les plus importantes au monde. Le développement régional et le changement climatique sont aujourd’hui une menace pour ces eaux et les habitats environnants. Nous allons donc découvrir quelles mesures ont été prises pour assurer la protection de l’écosystème particulièrement riche du Lac Qinghai.
Lorsque les Mongols découvrirent par hasard cette étendue d’eau il y a des milliers d’années, ils la confondirent avec un océan et lui donnèrent alors le nom de « mer bleue », « qinghai » en chinois. Il s’agit du deuxième plus grand lac salé au monde, du plus grand lac de Chine, et de l’un des lacs les plus élevés au monde. Quelque soit la façon dont vous le considérez, c’est tout simplement la nature sous sa forme la plus pure. Mais sa particularité la plus intéressante est son statut de terre humide : le lac a été reconnu comme l’une des terres humides les plus importantes au monde en 1992, devenant ainsi l’une des mieux préservées.
Le lac a été surnommé « la terre des oiseaux » car il est une destination majeure pour les oiseaux migrateurs. Plus de 100 000 oiseaux viennent chaque année des pays voisins pour y faire leurs nids et élever leurs petits.
He Yubang, Directeur adjoint
Réserve naturelle nationale du Lac Qinghai
Au printemps et en automne, plus de 20 espèces d’oiseaux aquatiques comme les canards sauvages viennent ici en transit. On compte environ 100 000 canards sauvages, et environ 300 000 oiseaux, toutes espèces confondues.
La région est un véritable paradis pour les oiseaux qui souhaitent pondre leurs oeufs et élever leurs oisillons. Sur ces terres reculées, il y a peu de prédateurs, peu de touristes mais de nombreuses côtes où les oiseaux peuvent choisir un emplacement idéal pour leur nid. C’est la raison pour laquelle le Lac Qinghai abrite plus de 189 variétés d’oiseaux, dont 65 sont des oiseaux aquatiques. Parmi ces espèces qui se dirigent vers le Nord, on trouve notamment l’oie à tête barrée, la mouette du Tibet et le cormoran. Ainsi, la région du lac se hisse au niveau des réserves naturelles les plus importantes de Chine et compte parmi les zones de protection des oiseaux du pays.
Aujourd’hui, je peux marcher ici, mais il y a 30 ans, cette surface était encore recouverte d’eau. Je me trouve sur « l’Ile aux Oiseaux », le plus important point d’escale pour les oiseaux migrateurs du Lac Qinghai. En 1978, cette île a été requalifiée en « péninsule » suite à la baisse du niveau des eaux.
Le réchauffement climatique est on ne peut plus frappant quand on se penche sur les statistiques du Lac Qinghai. Le niveau de l’eau a baissé de presque 4 mètres au cours des 50 dernières années et la zone compte au total 60% d’eau fraîche en moins que dans les années 80. Si l’on ajoute à cela des facteurs humains tels que l’augmentation de la production agricole et le développement économique, on obtient un écosystème extrêmement fragile. Une terre humide est par définition une zone écologiquement fragile. Ainsi, ces sources de pression supplémentaires pourraient à terme menacer d’extinction certaines des espèces.
He Yubang, Directeur adjoint
Réserve naturelle nationale du Lac Qinghai
Cet oeuf, qui a été abandonné, est un oeuf d’oie à tête barrée. L’oeuf n’a pas été fécondé pendant la période d’incubation, il a donc été expulsé du corps. On trouve beaucoup d’oeufs comme celui-ci sur l’île et c’est pourquoi cet endroit est appelé « l’Ile aux Oeufs ».
En 1975, un bureau gouvernemental baptisé « Réserve naturelle nationale du Lac Qinghai » a été établi. Depuis, l’avenir du lac repose entre les mains de cette organisation. Elle est responsable de toutes les îles du littoral, des poissons, des oiseaux, des eaux, des ressources naturelles et de la protection de l’environnement. Cependant, sa plus importante mission survient pendant la saison des migrations, lorsqu’elle surveille les routes migratoires, les habitudes et l’évolution de la nidification des oiseaux.
Suivre l’évolution des habitudes migratoires est un moyen efficace pour évaluer l’état général des terres humides. Si les oiseaux cessent d’y venir, cela pourrait révéler des problèmes environnementaux bien plus inquiétants. L’organisation a ainsi commencé à utiliser un système GPS relié aux satellites américains, afin d’observer leurs itinéraires exacts, leurs points d’escale et leurs habitats saisonniers.
Hou Yuansheng, membre du personnel
Réserve naturelle nationale du Lac Qinghai
Nous capturons un oiseau dans son habitat afin de le peser et de le mesurer. Voici le GPS de Google Earth. On voit l’itinéraire migratoire complet de l’oie à tête barrée. Ici, c’est le Lac Qinghai. Et ceci est un trajet migratoire. Ici, ce sont les Lacs Ngoring et Gyaring dans le comté de Maduo, dans la province du Qinghai. Les oiseaux y resteront quelques temps avant de reprendre leur route vers le sud-ouest, vers la vallée de Lhassa, où ils arriveront juste avant le début de l’hiver. Ensuite, au mois d’avril de la deuxième année, ils prendront cette trajectoire pour revenir au Lac Qinghai.
Cela fait deux ans que nous faisons ça. Et après deux ans, d’après ce que nous avons observé, les choses se passent plutôt bien. Nous avons décelé beaucoup de nouveaux problèmes, mais nous avons également appris beaucoup sur la migration de ces oiseaux.
Afin de mieux comprendre les migrations des oiseaux qui font étape au Lac Qinghai, un système de localisation par GPS a été installé sur 46 oiseaux. Lorsqu’ils arrivent sur les lieux, un système de vidéo surveillance permet d’observer leurs habitudes de nidification 24h/24.