C’est Deng Xiaoping qui, le premier, a entrouvert les portes d’une formidable prospérité économique à la Chine et a favorisé l’ouverture du pays sur le reste du monde. Cette double initiative politique et économique a ainsi entraîné la réforme et l’ouverture de la Chine. Celle-ci s’est traduite par une modernisation socialiste et le développement des campagnes par la privatisation des petites entreprises. Les résultats ont été spectaculaires puisqu’en seulement 30 ans, plus de 200 millions de personnes sont sorties de la pauvreté. Nous avons rencontré trois hommes qui nous font le récit de ce rêve chinois, ou comment décrocher le gros lot.
Aurora Carlson
On peut dire que la Chine est le pays du miracle économique. Et il est intéressant de savoir qu’une date bien précise est associée au réveil de ce dragon : l’année 1978, pendant laquelle la Chine est passée d’une économie planifiée et centralisée à une économie de marché intégrée au commerce international. Aujourd’hui en 2008, nous célébrons le trentième anniversaire de l’ouverture et de la réforme dans une Chine peuplée de gratte-ciel et de milliardaires. Je vous souhaite la bienvenue dans cette édition d’Objectif Chine. Je vous emmène dans la province du Zhejiang, dans le sud, afin de découvrir quelques histoires de réussite sociale spectaculaire et rencontrer de vraies personnalités.
Notre première histoire de succès est celle de monsieur Pang Qingnian. Il possède une entreprise à laquelle il a donné son nom, « qingnian », qui en français signifie littéralement « jeune homme », d’où le nom de son entreprise « groupe automobile d’un jeune homme de Chine ». Dans les affaires, sa théorie repose sur le principe que les hommes passent avant tout le reste, une théorie qui lui a valu de nombreux éloges et contrats. Il détient ainsi des contrats avec le gouvernement local à qui il fournit des véhicules de transport en commun. Il a importé en Chine quelques-unes des technologies les plus pointues utilisées à l’étranger.
Cependant, il n’a connu la réussite qu’après 1978. Avant les réformes, monsieur Pang menait une vie ordinaire de paysan pauvre, comme quasiment tout le reste de la population chinoise. A l’époque, la vie était nettement plus difficile. Lors de notre rencontre, il a partagé avec moi quelques histoires absolument incroyables.
Pang Qingnian, Président
China Young Man Automobile Group
Lorsque j’étais enfant, je m’asseyais près de la chaudière pour me réchauffer les mains. Je réfléchissais souvent à un problème important : à l’époque, il y avait déjà 700 millions de personnes en Chine, mais il n’y avait pas assez de denrées pour nourrir ces 700 millions de personnes. Je considérais cela comme étant un très gros problème. Les gens de mon village pensaient que j’étais un idiot. Je restais dans mon coin et je ne parlais pas aux autres. Si nous avions eu de la nourriture, on aurait pu la vendre pour faire de l’argent, et avec cet argent on aurait même pu acheter des vêtements et des chaussettes ! Cela aurait été formidable. Mais le fait est qu’à cette époque, il n’y avait tout simplement pas assez de nourriture.
A 16 ans, on m’a envoyé cueillir les herbes dans les champs. Ces herbes étaient notre ressource alimentaire. Peu de temps après, on m’a envoyé planter des arbres à thé. Mais les herbes dépassaient les arbres et je me suis dit que les arbres ne pourraient jamais prospérer dans un environnement saturé. J’ai réfléchi à quelques solutions et j’ai enterré les herbes dans la terre afin que les arbres puissent pousser. On ne voyait plus les herbes. Ensuite, j’ai recouvert les plus petits arbres à thé avec la terre jaune. Soupçonneux, le chef de notre équipe demanda ce qui était arrivé aux jeunes arbres. Je lui ai expliqué qu’ils étaient sous le sol. Il me répondit que si jamais les arbres venaient à mourir, il me décapiterait ! J’ai ressenti une peur épouvantable. Chaque jour, j’allais creuser la terre afin de vérifier si les jeunes arbres se développaient bien. Et à chaque fois, les arbres étaient en parfait état. Ce printemps-là, la production de feuilles de thé a plus que triplé. Du coup, le village entier s’est mis à utiliser mes nouvelles techniques de plantation.
Il me semble que son inspiration a littéralement jailli de terre ! Leur première usine fabriquait des petits sacs plastiques, ce qui leur a permis de gagner juste assez pour se moderniser. En 1986, monsieur Pang répond à l’importante demande de vélos en Chine. Avec 260 000 yuans entre les mains, il a en effet ouvert une usine de caoutchouc dans un village de montagne appauvri de la province du Zhejiang. En seulement 4 années, elle est devenue la plus grande usine de caoutchouc en Chine en fournissant le marché naissant de la bicyclette, dont de grandes marques telles que K’nex et Forever.
Les politiques qui ont accompagné la réforme et l’ouverture et qui ont été mises en place par le Parti Communiste de Chine ont été un exutoire qui nous a permis de développer nos compétences, mais aussi nos styles de vie. Si le parti ou la nation devaient à nouveau faire face à la difficulté, ce serait alors le devoir des citoyens, des nouveaux entrepreneurs, d’agir en conséquence.
L’usine a permis de créer des emplois pour la communauté locale et a indirectement contribué à réduire la pauvreté de la région. L’entreprise a bénéficié de ce que l’on appelle « un traitement de faveur » des autorités locales, permettant ainsi à l’usine de se développer très rapidement.