La Cité interdite Ⅲ - Gouverner le pays par les rites ⑵

Source: CCTV.com | 02-10-2010 10:07

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La cérémonie des offrandes aux dieux des groupes ethniques mandchou et mongol commençaient à 16 heures et duraient toute la nuit. C'était une cérémonie dont l'origine remontait au chamanisme primitif pratiqué par les ancêtres de la famille impériale Qing.

Sous la dynastie Qing, le matériel de cuisine pour faire des gâteaux était placé devant une petite chambre située dans le nord-est du Palais de la Tranquilité terrestre. Trois chaudrons se trouvaient dans cette petite chambre. Avant chaque cérémonie, un cochon était tué et cuit dans de l’eau claire avant d'être offert aux dieux. Après cette cérémonie, l'empereur distribuait la viande de porc aux princes et aux ministres. Comme le voulaient les rites,il n'y avait aucune épice dans la viande, ce qui la rendait fort fade. C'est pourquoi les princes et les ministres y ajoutaient du sel qu'ils avaient caché dans les manches de leur vêtement.

Les empereurs de toutes les dynasties chinoises honoraient le ciel, leurs ancêtres et toutes les choses sur la terre, mais ils priaient surtout pour maintenir leur pouvoir sur le pays. Cependant leurs prières ne garantissaient pas l'éternité pour leur dynastie.

Alors que la dynastie Ming chancelait à cause des désastres naturels et du chaos causé par la guerre, une nouvelle force émergeait dans le nord de la Chine, entre les montagnes Changbai et le fleuve Heilongjiang.

Nurhachi et son armée des huit bannières soumirent l'empire des Ming. Lorsque son petit-fils monta sur le trône dans la Cité interdite, il contrôla un pays dont la civilisation avait déjà atteint un haut degré de développement.

Peu après, le nouveau maître de la Cité interdite fusionna les habitudes des Mandchous avec celles d'une civilisation plusieurs fois millénaire. Les rites pratiqués depuis des milliers d'années servaient de base à la nouvelle dynastie Qing dont les nouveaux décrets et règlements complétaient ceux des dynasties précédentes. Les cérémonies organisées dans la Cité interdite étaient solennelles et impressionnantes.

En 1793, après 58 années de règne considérées comme l'âge d'or de la dynastie Qing, l'empereur Qianlong était si content de ses réalisations qu'il se faisait appeler le « vieil homme parfait sous tous les aspects ». Les préparatifs étaient organisés pour célébrer son 83ème anniversaire. Le festival de la longévité était une des trois principales festivités du pays. Des envoyés d'autres pays d'Asie et d'Europe venaient pour présenter leurs vœux à l'empereur de Chine. Mais cette fois-ci, un groupe d'étrangers remettaient en question les règles du protocole en usage en Chine depuis des millénaires.

Durant l'été de 1793, une flotte anglaise arriva dans le port de Dinghai situé dans l'archipel Zhoushan. Dirigée par Georges Mac Cartney, envoyé spécial du roi Georges III, une mission diplomatique était venue pour féliciter l'empereur Qianlong à l'occasion de son anniversaire.

Les membres de la mission britannique firent part de leurs impressions dans leur journal. Ces peintures qui évoquent des paysages chinois furent peints en 1793 par W. Alexander, un artiste accompagnant la mission.

« La plus haute maison n'a que deux étages et les toits ont des courbes élégantes, mais rien n'est prévu pour se protéger des animaux sauvages et des voleurs. Ce pays doit être sûr. » « Partout les gens sont affairés. Il n'y a pas de paresseux ni de mendiants en Chine. Des milliers de pauvres transportent sur leur dos des choses qui ne pourraient pas être transportées par des chariots. » « Depuis leur enfance, les Chinois sont élevés pour se comporter de manière amicale et polie. » « Les différentes générations vivent sous le même toit. Chaque famille conserve son arbre généalogique et les ancêtres sont souvent montrés en exemple. Les membres d'un même clan vont se recueillir au moins une fois par an devant les tombes des ancêtres. Ils se rendent aussi régulièrement visite. L'oncle inculque au neveu le respect des autres membres de la famille. »

Les Anglais étaient très étonnés par le comportement habituel des gens en Chine à cette époque. George Mac Cartney, le chef de la délégation anglaise, écrivit dans son journal: « Un marin chinois et un de ses compatriotes montaient à bord pour nous aider. Ils inspectaient curieusement tout le bateau. Ils s'agenouillèrent et firent de nombreux kowtow dès qu'ils aperçurent le portrait de l'empereur dans la salle de réception. Le portrait avait été rapporté par un marchand anglais il y a 20 ans. J'ai appris par un docteur qui avait été en Chine qu'un ambassadeur devait s'agenouiller trois fois et faire neuf kowtow devant l'empereur de Chine. Je ne me plierais jamais à cette pratique par respect pour l'honneur de l'Angleterre. »

Les Anglais étaient prêts à s'agenouiller seulement devant Dieu mais ils ne comprenaient pas le sens du kowtow dans les rites chinois. L'empereur Qianlong était mécontent d'apprendre que les membres de la délégation anglaise refusaient de s'agenouiller devant lui. Il ordonna à un ministre d'apprendre aux Anglais la manière de faire le kowtow.

Tout diplomate qui arrivait en Chine était obligé d'apprendre le kowtow, mais le nouvel envoyé n'était pas un élève obéissant. Il venait d'Angleterre, pays qui se réclamait être le maître du monde.

Georges Mac Cartney avait apporté dans ses bagages les produits les plus sophistiqués en matière de science et de technologie. Il espérait que les Chinois seraient intéressés et acheteraient en grande quantité ces produits. Mais il pensait à tort que la dispute à propos des rites était sans importance.