Le 5 novembre 1924 était pour la plupart des gens un jour comme les autres. Mais pour Pu Yi, le dernier empereur de la dynastie Qing, c’était un jour extraordinaire, son dernier jour dans la Cité interdite.
Depuis son abdication, 13 ans auparavant, Pu Yi n’avait jamais quitté la Cité interdite et tout ce qui se trouvait dans le Palais intérieur, y compris les vestiges culturels qui lui appartenaient encore. Il s’agissait des collections réunies par les empereurs au cours de deux mille ans d’histoire et elles comprenaient pratiquement tout ce que la civilisation chinoise avait produit dans le domaine de la culture et de l’histoire.
ZHENG XINMIAO, vice-ministre de la Culture et président du Musée du Palais
Les collections du palais ne datent pas seulement des dynasties Ming et Qing.
Elles remontent jusqu’à la dynastie Song.
Dans l’histoire chinoise, le remplacement d’une dynastie par une autre entraînait souvent la perte d’un grand nombre de vestiges culturels. Xiao Yi, dont le nom d’empereur était Yuandi de la dynastie Liang au VIe siècle, brûla, avant la chute de sa capitale impériale, tout ce qu’il avait collectionné. Mais en temps de paix, sous chaque dynastie, la cour impériale avait coutume de collectionner des œuvres d’arts exquises.
L’âge d’or de la dynastie Qing, la dernière de l’histoire chinoise, va du règne de l’empereur Kangxi à celui de Qianlong. Durant cette période, la famille impériale rassembla un grand nombre de trésors conservés dans la Cité interdite et dans les autres palais impériaux où la famille passait de brefs séjours. Aujourd’hui, personne ne connait exactement le nombre d’œuvres que possédait la cour des Qing ni où se trouvent les objets qui manquent. Ce que nous pouvons voir ici n’est qu’une partie des calligraphies et des peintures de la dynastie Qing.
Pu Yi fut expulsé de la Cité interdite le 5 novembre 1924 et un mois plus tard un comité spécial commençait à établir l’inventaire des vestiges culturels dans le Palais intérieur. La plupart des porcelaines étaient entreposées dans le Palais de la Paix et de la Longévité, le Hall de la Suprématie impériale et le Palais de l’Abstinence. La plupart des calligraphies et peintures étaient conservées dans le Palais de Quintessence alors que l’or, les bronzes et les objets en jade étaient conservés dans différents pavillons. Mais il était évident que beaucoup d’objets avaient disparu avant le départ de Pu Yi de la Cité interdite .
La première grande perte de vestiges culturels de la cour des Qing date de 1860.
Le jardin Yuanmingyuan était non seulement un magnifique jardin impérial construit sous la dynastie Qing, mais aussi un endroit important où certains objets d’art de la famille impériale étaient conservés. Réalisées par les peintres de la cour Shen Yuan et Dong Dai, les peintures des 40 vues du Yuanmingyuan sont maintenant dans la bibliothèque nationale à Paris. Grâce à elles, on peut visualiser les caractéristiques du jardin où se trouvaient plus de 200 calligraphies et peintures de célèbres artistes de la dynastie Tang et Song. On y trouvait aussi un exemplaire de la Bibliothèque complète des Quatre Trésors qui comptait plus de 30.000 volumes, seulement sept autres exemplaires existaient dans le pays. Dans le château Sravati, il n’y avait pas moins de 100.000 images de Bouddha collectionnées depuis le règne de Kangxi. Tous ces trésors disparurent en quelques jours.
Le 6 octobre 1860, les troupes alliées franco-anglaises envahirent Beijing et entrèrent dans le jardin Yuanmingyuan. Le jour suivant, ils se livrèrent au pillage du site.
Un journaliste du Times décrivit le pillage dans une dépêche : « En entrant dans le palais impérial, personne ne savait que prendre. Les soldats délaissaient l’argent pour l’or puis pour les pierres précieuses et les horloges incrustées de pierres. Des porcelaines inestimables et des vases en émail furent détruits simplement parce qu’ils étaient trop grands pour être emportés. Des calligraphies et peintures uniques étaient considérées comme du vulgaire papier par ces soldats qui les utilisaient pour allumer leurs cigarettes. »
Après trois jours de pillage, les forces franco-anglaises mirent le feu au jardin Yuanmingyuan.
Le grand écrivain Victor Hugo dénonça cet événement comme une catastrophe et raconta qu’après avoir pillé et mis le feu au jardin Yuanmingyuan, les deux voleurs partagèrent le butin et retournèrent tout joyeux en Europe.
Le châteua de Fontainebleau était une résidence où le roi de France avait l’habitude de passer de brefs séjours. C’est là que Napoléon III fit construire le Pavillon chinois pour y entreposer les trésors du palais impérial chinois ou plus exactement le butin de guerre emporté par le commandant en chef des troupes franco-anglaises. Ces vestiges culturels n’ont jamais été montrés aux visiteurs.
LIU YANG, chercheur du Bureau administratif du jardin Yuanmingyuan
Après le pillage du jardin Yuanmingyuan,
les troupes françaises apportèrent
beaucoup de vestiges culturels à Fontainebleau.
Certains furent endommagés pour décorer le palais.
Les derniers évènements de la vie politique, économique, culturelle et sociale en Chine comme à l´étranger.
L´Asie Aujourd´hui, c´est un regard complet sur les grands sujets qui agitent le continent, à la fois objectif et replacé dans leur contexte.