La Cité interdite Ⅷ - Les jades de la Cité interdite (2)

Source: CCTV.com | 02-20-2010 09:40

Taille du texte: T+ | T-

 

Le 16e jour du huitième mois lunaire de 1787, dans la 52e année du règne de l’empereur Qianlong, des fonctionnaires des Ateliers impériaux prenaient les mesures du Hall du Bonheur et de la Longévité en chuchotant entre eux. Un objet important allait être installé dans le Hall.

Il s‘agissait d’une énorme sculpture en jade appelée : « Da Yu endiguant les flots ». Le jade brut venait des monts Mileta à Hetian dans le Xinjiang. La sculpture pesait plus de 5 tonnes et était une des plus grandes de ce type dans le monde.

Situés dans le massif de Kunlun, les monts Mileta s’élèvent à 5.000 mètres au-dessus du niveau de la mer et ils sont couverts de neige éternelle. L’air y est raréfié et les conditions climatiques sont telles que le jade ne peut être extrait que de juillet à septembre. Il fallut deux à trois ans pour extraire et pour transporter l’énorme morceau de jade dans les conditions de travail de l’époque. L’extraction et le transport des cinq tonnes de jade jusqu’à Beijing n’étaient pas aisés. Il fallait passer beaucoup de rivières et de montagnes en chemin. Trois ans furent finalement nécessaires pour transporter ce jade de Hetian jusqu’à la Cité interdite.

Comme il a déjà été mentionné, cette partie des montagnes Kunlun imposantes et abruptes s’élève à entre 4.000 et 5.000 mètres d’altitude et elle est couverte de neige éternelle. Mais c’est la zone la plus riche en dépôts de jade de Hetian, célèbre pour ses grands morceaux de jade enfouis dans les montagnes et pour ses galets de jade dans les lits de ses rivières. Pendant les mois de juillet et d’août, l’eau de la fonte des neiges descend des montagnes et un grand nombre de pierres sont charriées par la rivière Baiyu en aval. Les pierres ont été emportées année après année et seuls les jades le plus durs demeurent au fond de la rivière. Ces jades en forme de galets à la surface lisse sont les plus prisés.

L’extraction et le transport du jade étaient le monopole de la famille impériale : les plus belles pièces de jade lui étaient donc réservées. Voici la liste des tributs en jade que le Xinjiang offrit à la cour impériale au printemps de la 28e année du règne de l’empereur Qianlong en 1767. La liste donne les détails de la quantité, de la variété et du poids des morceaux de jade. Il y a 79 morceaux de jade Hetian et 95 morceaux de jade de la rivière Yarkant qui ensemble pèsent plus de 500 kilos.

Deux fois par an au minimum, au printemps et en automne, le gouverneur du Xinjiang faisait transporter le jade jusqu’à la capitale. Sous le règne de l’empereur Qianlong, 2.000 kilos de jade étaient annuellement transportés à la capitale. Parfois on en transportait jusqu’à 5.000 kilos. Grâce à cet approvisionnement constant, la cour impériale commença à fabriquer des objets en jade en grande quantité.

Les ateliers du Hall de la Méditation dans la Cité interdite comprenaient une section pour la production de jade où quatre à cinq artisans travaillaient journellement pour l’empereur. Cette section fut établie la première année du règne de l’empereur Shunzhi, mais la demande d’objets en jade augmenta sous le règne de l’empereur Qianlong. Un atelier pour le travail du jade, appellé maison des Ruyi, fut aménagé dans le quartier Beiwusuo de la Cité interdite. Beaucoup de chefs-d’œuvres en jade de l’époque de Qianlong furent fabriqués dans ces deux ateliers.

A la fin de la dynastie Qing, Tang Rongzuo écrivit un livre intitulé L’histoire du Jade qui comprend des croquis illustrant le processus de fabrication des objets en jade à la cour impériale Qing.

LI BOSHENG, maître artisan

La fabrication se déroulait en cinq étapes :

l’extraction, la préparation du matériau, la sculpture des formes,

la finition de la sculpture et le polissage.

Avec l'introduction de l'outillage en fer,

la production du jade a été améliorée et professionnalisée.

Cependant, la méthode de fabrication manuelle des objets en jade

est restée identique pendant plus de 3.000 ans.

Les machines permettent un travail plus rapide et sont indispensables

mais elles sont trop rapides pour faire du bon travail :

la finition du jade n’a pas la même qualité.